La musique n’a pas de frontières

Au crépuscule de Montpellier, les murs de pierre de la Basilique Notre-Dame des Tables se teintent de la couleur miel du soleil couchant.

Cette ancienne église se dresse au cœur de la ville, témoin silencieux de siècles d’histoire. Ce soir, sous sa voûte, ce n’est pas une messe, mais un concert d’œuvres de compositeurs français.

Cinq musiciens montent tour à tour sur scène – ils viennent des pays différents, leurs pas ont parcouru neuf pays et plus d’une centaine de villes. Des origines diverses, langues maternelles variées, ils se rencontrent pourtant dans une même note.

Quand la mélodie de Ravel s’échappe des cordes, je réalise soudain que la musique est un pont invisible, qui rétrécit le monde en une toute petite église.

La personne à côté de moi serre doucement ma main. Il y a quarante et un ans, jour pour jour, nous avions échangé nos vœux à la ville de Chongqing. Jeunes et insouciants alors, nous ignorions la longueur des années ; aujourd’hui, les tempes légèrement grises, nous sommes encore assis côte à côte par une nuit de pleine lune, écoutant le même air. La pleine lune, dehors, s’élève juste au-dessus du rosace, et sa lumière traverse les vitraux pour répandre par terre des éclats de couleurs, aussi chatoyants que notre histoire.

Les fleurs du printemps sont belles, la lune est grande et ronde, et nous sommes toujours là.
La musique n’a pas de frontières, ni l’amour.
Quarante et un ans ne sont qu’un long concerto, et cet instant en est l’adagio le plus doux, au plus fort de son intensité.