
Flânerie au Jardin des Plantes de Montpellier
Au Jardin des Plantes de Montpellier, on peut facilement s’offrir une petite promenade à la recherche des plantes chinoises.
En marchant tranquillement dans les allées, on découvre peu à peu que les plantes venues de Chine ne sont pas seulement un décor exotique en Europe. Elles ont aussi participé à l’histoire de la médecine, de la botanique et même de l’art des jardins européens. Derrière chaque arbre venu d’Asie se cache souvent un voyage entre les civilisations.
L’allée des ginkgos — un « fossile vivant » venu de Chine

Commençons par l’un des arbres asiatiques les plus emblématiques du jardin : le ginkgo.
Ginkgo biloba est originaire de Chine. Pendant des siècles, il a été préservé dans les temples chinois. Lorsqu’il arriva en France au XVIIIe siècle, les botanistes européens furent fascinés par cet arbre qu’ils considéraient comme un véritable « dinosaure végétal », un survivant des temps anciens.
Le ginkgo possède une élégance profondément orientale. Ses feuilles en éventail rappellent les éventails traditionnels chinois ; parfois, elles ressemblent aussi à de petits cœurs ouverts par le vent. Si l’on est amoureux, on les regarde souvent autrement. En automne, l’arbre devient entièrement doré, dans une lumière presque irréelle, comme un écho lointain aux saisons automnales de récolte en Chine. Pour beaucoup d’entre nous d’origine chinoise vivant loin du pays natal, cette couleur réveille une douce nostalgie.
Dans de nombreux jardins botaniques français, le ginkgo symbolise la sagesse de l’Orient. Mais dans la culture chinoise, il porte des significations encore plus profondes.
Il représente l’amour et l’éternité : ses feuilles évoquent la fidélité durable.
Il symbolise aussi la longévité et la résistance : le ginkgo peut vivre plusieurs milliers d’années et résiste remarquablement aux maladies, à la pollution et au temps.
Enfin, il incarne l’espoir et la renaissance : ayant survécu aux grands bouleversements de la Terre, il est considéré comme un arbre protecteur, capable d’apporter harmonie et paix aux familles.
C’est pourquoi, pour beaucoup de Chinois, rencontrer un ginkgo à l’étranger provoque toujours une émotion particulière.
Le bosquet de bambous — le rêve européen du jardin chinois

En poursuivant la promenade, on arrive dans la zone des bambous.
Aux XVIIIe et XIXe siècles, les Français étaient fascinés par le bambou. Ils imaginaient les jardins chinois comme des lieux de retraite poétique, faits de sentiers sinueux, de silence et de méditation. Pour eux, le bambou incarnait une philosophie orientale mystérieuse et raffinée.
Et en entrant ici, l’atmosphère change réellement. On remarque davantage de personnes en train de lire que de regarder leur téléphone ; ceux qui parlent des plantes le font souvent à voix basse.

Comme si l’idée chinoise d’« emprunter la nature pour créer la sérénité » existait encore dans cet espace.
Contrairement aux jardins à la française, où la nature est strictement maîtrisée et ordonnée, le Jardin des Plantes semble laisser davantage de liberté au vivant. Cette approche évoque parfois la sensibilité des jardins chinois.
Le jardin médicinal — une porte vers la médecine chinoise en Europe
Le Faculté de Médecine de Montpellier et de la pharmacie se trouvent tout près du jardin, et ce n’est pas un hasard : à l’origine, le Jardin des Plantes était avant tout un jardin médicinal.
C’est pourquoi il faut absolument visiter la section consacrée aux plantes médicinales. On y découvre plusieurs espèces venues de Chine ou d’Asie orientale :• la rhubarbe médicinale, • les camélias, • les camphriers, • les agrumes.
Parmi elles, il faut particulièrement observer :
Cinnamomum camphora
Au XIXe siècle, les médecins français commencèrent à étudier avec attention les plantes médicinales chinoises. Ils découvrirent peu à peu l’ancienneté et la richesse de la pharmacopée chinoise, ainsi que les propriétés antiseptiques, antidouleur ou répulsives de nombreuses plantes venues d’Orient.
La faculté de médecine de Montpellier participa elle aussi à ces recherches.
Face à ces arbres, on réalise soudain que les échanges scientifiques entre la Chine et la France ont commencé bien avant notre époque.

Les serres — de la Chine vers l’Asie tropicale
Si l’on a un peu de temps, les serres du jardin méritent absolument une visite.
Elles abritent de nombreuses plantes tropicales asiatiques, comme :
• le théier,
• les camélias,
• les agrumes,
• les orchidées.
Je recommande particulièrement de chercher :
Camellia sinensis
L’intérêt immense des Européens pour les plantes chinoises est né, en grande partie, autour du thé.
Au XVIIIe siècle, l’aristocratie française se passionnait pour le thé chinois. Cette mode encouragea les botanistes européens à étudier le théier et à mieux comprendre les plantes venues d’Asie. D’une certaine manière, une simple feuille de thé a ouvert les portes de tout un imaginaire oriental en Europe.

Le Jardin des Plantes de Montpellier possède de nombreux coins silencieux où il fait bon s’arrêter. On peut s’asseoir sur un banc, ou simplement s’allonger sur l’herbe pour profiter du soleil. Quand le vent traverse les arbres, le temps semble ralentir.
Ici, on est loin des grands jardins royaux conçus pour démontrer le pouvoir et contrôler la nature. Le jardin invite plutôt à la contemplation, à la lenteur et à une forme de paix intérieure.
Et les plantes venues de Chine y occupent une place discrète mais essentielle dans cette longue histoire des échanges botaniques à travers le monde.
Si le soleil est doux, pourquoi ne pas fermer les yeux quelques minutes sous les arbres ?
Peut-être qu’en les rouvrant, le sentiment d’être loin de chez soi paraîtra un peu moins grand.


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